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Pi Eridani 40, 2675

 

Le combat faisait rage autour de la planète des Schèmes Mystifs. Près du cœur de la bataille proprement dite et au centre géométrique de son immense vaisseau, le Lumière Zodiacale, Remontoir était assis dans la position du lotus, les mains posées sur les cuisses, les yeux clos. Son visage d’un calme zen, absolu, exprimait peut-être un doux intérêt pour l’issue des événements, un intérêt vaguement teinté d’ennui, ou plutôt le détachement d’un homme somnolant dans une salle d’attente.

Sauf que Remontoir ne s’ennuyait pas, et qu’il n’était pas près de s’endormir. L’ennui était un état de conscience qu’il avait définitivement oublié, comme la colère, la haine, ou le goût du lait maternel. Depuis qu’il avait quitté Mars, cinq siècles plus tôt, il avait connu bien des états mentaux, parfois difficilement exprimables dans les limites restreintes du langage humain standard. L’ennui n’en faisait pas partie, et il ne s’attendait pas à ce qu’il joue un rôle significatif dans son organisation mentale – pas tant que les Loups seraient dans les parages, en tout cas. Quant à dormir, il était peu probable qu’il en trouve le temps dans un proche avenir.

De temps en temps, un infime mouvement de tête ou un frémissement des paupières trahissaient l’état d’extrême non-ennui qui était le sien. Les données tactiques défilaient dans son esprit avec la clarté glacée d’un torrent de montagne. En réalité, son esprit tournait à une vitesse d’horloge dangereusement élevée, juste en dessous des paramètres de rafraîchissement de son architecture mentale surannée, selon les derniers critères conjoineurs en vigueur. Skade aurait bien ri si elle l’avait vu se démener pour assumer une vitesse de traitement de pensée aussi dérisoire, elle qui pouvait penser aussi vite que lui et simultanément fragmenter sa conscience en une demi-douzaine de flux parallèles, tout ça en menant une activité normale, éventuellement frénétique, alors que Remontoir devait rester assis dans un état d’immobilité voisin de la transe afin de ne pas solliciter davantage son corps et son esprit, déjà soumis à un stress important. Décidément, ils n’étaient pas du même siècle.

Mais bien que Skade ait été très présente dans ses pensées, ces derniers temps, ce n’était pas elle qui le préoccupait dans l’immédiat. Elle était probablement morte. Il en avait déjà la quasi-certitude lorsqu’il avait autorisé Khouri à entrer dans l’atmosphère de la planète, à la suite justement de la corvette de Skade, mais il s’était efforcé de ne pas trop y penser. Parce que si Skade était morte, alors Aura l’était aussi.

Soudain, il y eut un changement : une sorte de cliquetis et un tourbillon dans le grand planétaire de guerre où il flottait. Pendant des heures, les belligérants – les êtres humains standard, les Conjoineurs de Skade et les Inhibiteurs – avaient tournoyé autour de la planète selon une formation fixe, comme s’ils avaient fini par s’installer dans une configuration mathématique de stabilité maximale. Les autres Conjoineurs serraient les fesses : pendant des semaines, ils avaient pris un léger avantage sur la vague alliance d’hommes, de porckos et de réfugiés de Resurgam dont Remontoir avait pris la tête. Ils avaient enlevé Aura, et grâce à elle ils avaient pénétré beaucoup des secrets qui avaient permis à Remontoir et à ses alliés de coiffer au poteau les forces inhibitrices en orbite autour de Delta Pavonis. Par la suite, Remontoir leur avait donné encore plus en échange du retour de Khouri. Mais, depuis la disparition de Skade, les autres Conjoineurs étaient désorientés. Ils auraient été moins perdus s’ils avaient été de la génération de Remontoir. Skade était trop puissante, c’était une manipulatrice trop experte. Pendant la guerre contre les Demarchistes (qui faisait maintenant à Remontoir l’effet d’un jeu d’enfant, dont il gardait un souvenir innocent), la structure démocratique, implacable, de la politique conjoineur avait été graduellement divisée, avec la création de strates de sécurité : le Conseil Restreint, le Sanctuaire Intérieur, et peut-être même le Conseil de la Nuit, qui n’était qu’une rumeur. Skade était un pur produit, la conclusion logique de ce processus de compartimentation : extrêmement douée, pleine de ressources, bourrée de connaissances, parfaitement adaptée à la manipulation des autres. Dans la pression de la guerre contre les Demarchistes, son peuple s’était – bien involontairement – transformé en tyran.

Et, de tous les tyrans, Skade était la plus experte. Elle voulait ce qu’il y avait de mieux pour son peuple, même si ça impliquait l’extinction du reste de l’humanité ; son obstination, sa volonté de transcender les limites de la chair et de l’esprit étaient exaltantes – y compris pour Remontoir. Il avait bien failli prendre son parti contre Clavain. Pas étonnant que les Conjoineurs qui entouraient Skade aient oublié de réfléchir par eux-mêmes. Dans son sillage, ils n’en avaient pas besoin.

Mais voilà, Skade avait disparu, et son armée de marionnettes rapides, brillantes, ne savait plus quoi faire.

Au cours des dix dernières heures, les forces de Remontoir avaient intercepté vingt-huit mille propositions distinctes de négociation émanant des éléments conjoineurs subsistants, et qui avaient filtré par les étroites meurtrières encore ouvertes dans la sphère de communications brouillées qu’était l’arène des combats. Après tant de trahisons, de fragiles alliances et de rivalités minables, ils pensaient encore pouvoir traiter avec lui. Mais il voyait aussi dans ces approches l’indice de leur inquiétude. De quoi donc avaient-ils peur ? Il ne le savait pas encore. Ça pouvait être un pari risqué pour attirer son attention et l’encourager à négocier, mais il n’en était pas sûr.

Il avait décidé de les faire lanterner juste un peu, au moins le temps de recevoir des informations concrètes de la surface.

Or quelque chose avait bel et bien changé. Il avait détecté, un quinzième de seconde plus tôt, des altérations dans la disposition des forces de combat. Et rien, par la suite, n’était venu démentir la réalité de ce changement.

Les Inhibiteurs avaient fait mouvement. Un amas de Loups – leurs machines ne se déplaçaient pas comme des escadrilles ou des détachements ordonnés, mais par masses agrégées en nuages capricieux – avait quitté ses positions antérieures. Quatre-vingt-quinze ou quatre-vingt-dix-neuf pour cent des forces inhibitrices entourant Pi Eridani 40 – il était difficile de dire avec précision quelle masse, ou quel volume de leurs machines les avait vraiment suivis depuis Delta Pavonis – étaient positionnées là, mais, d’après les données plus ou moins fiables transmises par les capteurs, un petit agrégat – un à cinq pour cent des forces totales – se dirigeait vers la planète.

Il accéléra en douceur, abandonnant une impossibilité physique dans son sillage. Les machines inhibitrices se déplaçaient sans laisser trace de réaction newtonienne. Les récentes modifications apportées aux propulsions conjoineurs avaient obtenu un effet comparable en faisant subir aux particules éjectées une rapide dégradation vers un état quantique non observable. Mais les Loups employaient un principe différent. Même de près, aucun indice de propulsion n’était décelable. On pensait généralement que les Inhibiteurs utilisaient pour se propulser la pression du vide non équilibrée sur deux plaques parallèles de l’espace-temps. Certes, les machines accéléraient plusieurs trillions de fois plus vite que ne l’expliquait la théorie, mais on considérait cela comme un peu moins perturbant que le fait de ne pas avoir de théorie du tout.

Remontoir fit tourner une simulation afin de prédire la trajectoire de vol de l’agrégat. Il pouvait se fracturer en éléments plus petits ou se combiner avec un autre, mais s’il continuait sur sa trajectoire actuelle, il allait effleurer l’espace aérien immédiat de la planète.

Ce qui troublait Remontoir. Jusque-là, les machines inhibitrices l’avaient toujours évité. On aurait dit que leurs routines comportementales incluaient l’instruction fondamentale d’éviter tout contact non nécessaire avec les mondes des Schèmes Mystifs.

Mais les êtres humains avaient déplacé le combat vers la planète entourée d’eau. À quelle profondeur l’interdit était-il inscrit ? Peut-être l’immersion de la corvette de Skade avait-elle déclenché un déclic, le mal étant déjà fait. Peut-être les machines inhibitrices étaient-elles déjà entrées dans la biosphère, auquel cas même ce monde mystif ne serait plus très longtemps sûr.

L’agrégat était en route depuis près d’une seconde, du point de vue de Remontoir. D’après l’anticipation des courbes d’accélération habituelles, il serait en vue de l’espace aérien de la planète d’ici une quarantaine de minutes. Dans son état de conscience actuel, ça paraissait faire une éternité. Mais Remontoir savait qu’il ne fallait pas s’y fier.

 

 

Le vaisseau de Remontoir avait quitté la soute-parking du Lumière Zodiacale. La propulsion principale se mit presque aussitôt en route, et ce fut comme si sa colonne vertébrale se tassait sur elle-même, impression aussi forte et implacable qu’une chute sur un sol de béton. La coque grinçait et protestait alors que l’accélération montait à cinq, six, sept g. C’était un appareil en forme de trident, de construction récente. L’unique moteur était une propulsion conjoineur microminiaturisée, conçue avec une précision d’horlogerie. Tous ses composants étaient micronisés jusqu’à la tolérance neurale. De quoi rendre Remontoir nerveux, s’il s’était autorisé à éprouver la moindre nervosité.

Il était le seul élément vivant à bord, et encore semblait-il avoir été introduit après coup dans un petit creux pareil à un œil ménagé dans la longue aiguille noire de carbone. Il n’y avait pas de hublots, juste le minimum d’ouvertures pour les capteurs, mais par ses implants c’est à peine si Remontoir percevait le petit vaisseau : il se faisait plutôt l’impression d’être une extension vitreuse de son volume personnel. Au-delà des dures contraintes de l’appareil se trouvait une sphère moins tangible de couverture de capteurs : des contacts passifs et actifs qui excitaient la partie de son cerveau associée à la conscience proprioperceptive de sa propre image corporelle.

La poussée s’équilibra à huit g. Il ne disposait d’aucune protection inertielle contre cette accélération. Le contrôle de masse inertielle était à la portée de la technologie conjoineur depuis plus d’un demi-siècle, mais il lui était interdit, l’autre technologie embarquée à bord du vaisseau – la machinerie clinquante de l’arme hypométrique – ne supportant pas les altérations de la métrique locale. Les armes hypométriques étaient déjà assez difficiles à utiliser dans le cadre de l’espace-temps presque plat, non modifié, mais, placées sous l’influence de la technologie inertielle, elles devenaient d’une imprévisibilité maléfique : de vrais petits démons méprisants. Remontoir aurait aimé accélérer davantage. L’ennui, c’est qu’au-dessus de huit g le risque de désaligner les minuscules composants de l’arme devenait trop réel.

L’arme proprement dite n’était pas très spectaculaire, vue de dehors. Elle était placée dans une nacelle en forme de cigare qui semblait être une extension du système de propulsion. On ne voyait pas d’embouchure, pas de canon, aucun détail de surface. La seule contrainte consistait à faire en sorte que l’arme soit le plus loin possible de l’occupant humain. Remontoir mesurait le mélange de répulsion et de séduction qu’elle lui inspirait au fait qu’il se sentait un peu rassuré d’en être séparé par la propulsion conjoineur miniature, si dangereuse et instable qu’elle soit.

Il vérifia la progression de l’amas inhibiteur, et ne fut ni satisfait ni déçu de constater qu’il se trouvait exactement là où il l’avait prévu. Il y avait tout de même eu un léger changement : son départ du Lumière Zodiacale avait attiré l’attention des autres protagonistes. L’un des ex-alliés conjoineurs de Skade s’apprêtait à l’intercepter à une accélération que son propre vaisseau ne pouvait supporter. Il l’attaquerait d’ici quinze minutes. Et cinq ou six minutes après ça, un second agrégat serait sur lui.

Remontoir s’autorisa une étincelle d’inquiétude, juste assez pour faire affluer l’adrénaline, puis il la bloqua, comme on claque la porte d’une soirée bruyante.

Il savait que logiquement, rationnellement, il aurait mieux fait de rester à bord du Lumière Zodiacale, où sa coordination et sa vision étaient très précieuses. Il aurait pu programmer une simu bêta de lui-même pour piloter ce vaisseau, ou faire appel à un volontaire. Il y aurait eu des douzaines de volontaires, certains dotés d’implants conjoineurs. Mais il avait insisté pour prendre personnellement les commandes du vaisseau. Et pas seulement parce qu’il avait passé plus de temps qu’eux à apprendre le fonctionnement de l’arme hypométrique. Il s’y sentait obligé : c’était à lui de le faire.

Il savait que c’était à cause d’Ana Khouri. Il avait fait une erreur en la laissant descendre toute seule vers la planète. Dans une perspective militaire, c’était parfaitement logique : à quoi bon engager davantage des forces déjà trop impliquées alors que, selon toute vraisemblance, Aura était déjà morte ? D’autant qu’ils avaient très probablement déjà tiré d’elle tout ce qu’elle pouvait leur donner. De toute façon, aucun engin plus gros qu’une capsule de sauvetage n’avait la moindre chance d’atteindre la surface alors que le blocus des Inhibiteurs était à son maximum.

Clavain n’aurait pas vu les choses de cette façon. Neuf fois sur dix, il basait ses décisions sur une stricte application de la raison militaire. Il n’aurait pas vécu cinq cents ans sans ça. Mais, une fois sur dix, il négligeait complètement les règles, et ce qu’il faisait n’avait aucun sens, sauf d’un point de vue humain.

Pour Remontoir, c’était probablement l’une de ces occasions. Peu importait que Skade et Aura soient sans doute mortes : Clavain aurait suivi Khouri, même si la tentative de sauvetage risquait fort de se solder par leur mort à tous les deux.

De temps à autre, au fil des ans, Remontoir avait passé en revue les points saillants, critiquables, qui avaient marqué la vie de Clavain, et il se demandait chaque fois si ces actes irrationnels avaient servi ou desservi son vieil ami. Il y réfléchit à nouveau en attendant le vaisseau conjoineur, et pas plus que les autres fois il n’arriva à une réponse satisfaisante. Mais il avait décidé que le moment était venu de vivre selon les principes de Clavain plutôt que d’obéir aux règles du jeu rigides de l’analyse tactique.

Une alarme retentit dans son cerveau. Ses quinze minutes étaient écoulées.

Il n’avait aucune raison de penser au vaisseau conjoineur avant qu’il ne soit sur lui : un rapide inventaire des options lui avait montré qu’il ne gagnerait rien à s’écarter de sa trajectoire actuelle.

L’autre vaisseau franchit les limites concentriques de ses capteurs comme un poisson fouinant dans les courants marins. Il devint un objet tangible et non plus un vague soupçon dans les données des capteurs.

C’était une corvette de classe Murène, comme celle de Skade, du même noir antiréfléchissant que le vaisseau de Remontoir, mais on aurait dit un hameçon aux pointes meurtrières plutôt qu’un trident, comme son propre appareil. Même de près, le murmure spectral de ses propulsions furtives était à peine décelable. En moyenne, la coque irradiait un glacial 2,7 degrés Kelvin au-dessus du zéro absolu. De près, dans le spectre des micro-ondes, c’était un damier de points froids et chauds. Remontoir établit la cartographie des moteurs cryoarithmétiques, observa ceux qui fonctionnaient moins efficacement que leurs voisins, constata aussi qu’ils fonctionnaient à une température glaciale, inquiétante, à la limite du cycle algorithmique. Occasionnellement, une étincelle bleue trouait les ténèbres lorsque l’un des points focaux tombait en dessous de un degré Kelvin, avant de remonter en phase avec ses voisins.

Les vaisseaux pouvaient être maintenus à une température glaciale arbitraire, afin de se fondre avec les radiations de l’univers primitif, le rayonnement fossile, toujours visible après quinze milliards d’années. Mais la carte du fond n’était pas uniforme : l’inflation cosmique avait magnifié de petits défauts dans l’univers en expansion, produisant de subtiles variations du fond, selon l’angle d’où on les regardait. C’étaient des déviations de la véritable anisotropie, des rides sur le visage de la création. Faute de pouvoir ajuster la température de leur coque à ces fluctuations, les vaisseaux ne parvenaient qu’à un accord imparfait avec le spectre du fond. Selon les circonstances, la seule façon de détecter les vaisseaux ennemis était de traquer ces minuscules disparités.

Mais si le vaisseau conjoineur veillait à ce que la température de sa coque ne s’élève pas, c’était dans un effort de camouflage contre les forces inhibitrices. Il ne cherchait pas vraiment à se cacher de Remontoir. En fait, il essayait même de lui parler.

Si les Conjoineurs avaient une qualité que les êtres humains standard ne pouvaient qu’admirer, c’était qu’ils ne renonçaient jamais. Il aurait fallu un peu plus que leurs vingt-huit mille demandes de négociation restées sans réponse pour les dissuader de poursuivre leurs efforts.

Remontoir laissa l’étroit faisceau de message laser balayer sa coque jusqu’à ce qu’il tombe sur l’un des rares capteurs.

Il examina la transmission à travers d’épaisses strates pare-feu mentales. Finalement, après des secondes de cogitation, il estima qu’il pouvait tranquillement ouvrir la transmission dans l’une des sections les plus sensibles de son esprit. Le message n’était pas crypté selon les protocoles conjoineurs à haut niveau mais carrément rédigé en langage naturel. Ce qu’il prit pour une note joliment insultante : les acolytes de Skade lui parlaient l’équivalent conjoineur du langage bébé.

[Remontoir ? C’est bien toi ? Pourquoi refuses-tu de nous parler ?]

Il composa une pensée dans le même format : Qu’est-ce qui vous permet d’être si sûrs que je suis Remontoir ?

[Tu as toujours été amateur de ce genre de folie, au fond. Cette audacieuse équipée est du Clavain tout craché.]

Il faut bien que quelqu’un le fasse.

[C’est courageux, Remontoir, mais à quoi bon se préoccuper de ces gens ? Rien de ce que nous pourrions faire ne pourrait plus aider les habitants de cette planète. Ils sont sans influence aucune sur l’issue future de la guerre.]

Alors, nous ferions mieux de les laisser tomber, c’est ça ? C’est ce que ferait Skade, hein ?

[Skade aurait fait ce qu’elle pouvait pour eux si elle avait pensé que ça pouvait changer quelque chose. Mais toi, tu ne fais qu’aggraver la situation. Ne déplace pas le combat sur la planète. Ne dissémine pas nos forces alors que nous avons le plus grand besoin de les consolider.]

Encore une demande de coopération ? Skade doit se retourner dans sa tombe.

[Elle était pragmatique, Remontoir. Comme toi. Elle aurait vu que le moment était venu d’unir nos forces, de mettre en commun notre base de connaissances et d’infliger de réels dégâts aux machines ennemies.]

Ce que je comprends, c’est que tout ce que vous avez acquis, vous l’avez obtenu par la trahison et le vol. Vous savez que je ne vous ferai plus jamais confiance. Enfin, vous n’avez rien à perdre à négocier.

[Nous reconnaissons – et nous le regrettons – que des erreurs tactiques ont été commises, mais Skade est – comme tu l’as laissé entendre – très probablement morte…]

Et les petits canards pataugent dans la mare à la recherche d’une nouvelle maman canard…

[Nous te laissons choisir l’analogie qui te convient. Remontoir. Nous te tendons une main amie, c’est tout. La situation est plus complexe que nous ne l’avions anticipé. Tu as dû le constater : les indices troublants transmis par les données, les résidus – trop petits et insignifiants par eux-mêmes – mais qui mènent tous à une conclusion claire. Il ne s’agit pas seulement des Loups, Remontoir. Il y a autre chose.]

Je n’ai rien vu que je ne puisse expliquer.

[Alors tu n’as pas bien regardé. Remontoir, examine nos données, si tu ne nous fais pas confiance. On verra bien si tu ne changes pas d’avis, à ce moment-là. Tu verras que tout sera plus clair.]

Un noyau de données s’inscrivit dans sa tête. Un instinct lui dit de le supprimer avant de le lire, alors qu’il était encore compressé. Mais il décida de le conserver pour le moment.

Vous proposez un partenariat.

[Désunis, nous ne les vaincrons jamais. Ensemble, nous pouvons jouer un rôle significatif.]

Peut-être. Mais ce n’est pas vraiment moi que vous voulez, hein ?

[Bien sûr que non, Remontoir.]

Il eut un sourire : les Conjoineurs de Skade n’ayant plus de chef, il se pouvait qu’ils soient poussés vers lui par la pulsion instinctive de combler ce vide, mais ce qu’ils voulaient surtout, c’était l’arme hypométrique. C’était la seule technologie qu’ils n’avaient pas réussi à copier ou à contrer, malgré l’enlèvement d’Aura par Skade. Il leur suffirait d’un prototype ; il n’avait même pas besoin d’être intact, tant qu’ils pouvaient reconstituer sa configuration opérationnelle.

Merci de votre proposition, mais je suis un peu occupé en ce moment. Si nous en parlions plus tard ? Dans quelques mois, disons ?

[Remontoir… Ne nous oblige pas à faire ça.]

Il appliqua une poussée latérale, s’écartant grossièrement de l’autre vaisseau. Il esquissa la cartographie des zones fonctionnelles de son cerveau qui s’activaient et se ralentissaient alors que le sang affluait dans son crâne. Un instant plus tard, la corvette le suivait, singeant ses mouvements aléatoires avec une finesse qui frôlait la dérision.

[Nous avons besoin de cette arme, Remontoir.]

C’est bien ce que je pensais. Pourquoi ne pas l’avoir dit tout de suite ?

[Nous voulions te laisser une chance de partager notre point de vue.]

Je suppose que je devrais vous en être reconnaissant ?

Son vaisseau fit une embardée. Dans sa tête s’illuminèrent des rapports de dégâts aussi fulgurants qu’une migraine. Ils l’avaient atteint avec de multiples projectiles pénétrants, de façon très chirurgicale : ils ne voulaient pas pulvériser son appareil mais lui en faire perdre le contrôle afin de l’accoster. Le problème de sa survie était accessoire.

[Remets-nous l’arme tout de suite, Rem, et nous te laisserons suffisamment de capacité de vol pour échapper à l’amas de Loups en approche.]

Désolé, mais ça ne fait pas partie de mes projets pour aujourd’hui.

Son vaisseau se remit à bringuebaler : d’autres fonctions vitales tombèrent en panne ou lui refusèrent tout service. Le vaisseau s’efforçait de trouver des routines de secours afin de rester navigable, mais il y avait une limite aux avaries qu’il pouvait surmonter. Remontoir renonça à riposter ; il préférait économiser ses armes conventionnelles pour l’amas de Loups. Restait l’arme hypométrique, qui avait été à peine testée depuis sa pénible mise au point.

Il émit la commande mentale qui déclenchait l’activation énergétique, compensant la dérive de vecteur et transférant le moment angulaire vers les intérieurs étincelants de l’arme. Extérieurement, aucun changement n’était apparent dans le système. Il se demanda quel genre de sondes la corvette avait braquées sur lui, et si elles étaient assez sensibles pour capter les subtiles signatures d’activation.

C’était une petite arme, à la précision et au volume d’effet radial forcément limités (la terminologie conventionnelle – les notions de « portée » et de « précision », par exemple – n’était que vaguement applicable aux armes hypométriques). Mais elle s’activa très rapidement. Il régla la mesure d’effet en explorant la topographie complexe des paramètres de l’amie correspondant à un point spécifique du volume d’espace environnant.

Puis il rétablit la communication avec la corvette.

Reculez.

[Nous te le répétons, Remontoir, ne nous oblige pas à faire ça.]

L’arme se déchargea. La carte des fréquences micro-ondes de la corvette fit tout à coup apparaître une blessure : une morsure parfaitement hémisphérique dans l’un des points froids de la coque. Les gradients de température cryogénique tournaient et viraient, comme l’eau dans la bonde d’un évier, dans leurs efforts pour trouver un nouvel équilibre. Des paires de noyaux de refroidissement se verrouillèrent en mode d’oscillation instable.

L’arme se réactiva. Remontoir fora un autre trou dans la coque de la corvette, plus profond, apparemment.

La corvette réagit. Remontoir para à regret, par tout un éventail de contre-mesures, en prenant garde à en conserver une partie pour les machines inhibitrices.

L’arme s’activa une troisième fois. Il se concentra, s’obligeant à envisager la solution sous tous les angles. La moindre erreur à ce stade pouvait être fatale pour l’ensemble des protagonistes.

Décharge. Sa troisième attaque fut rigoureusement invisible. S’il avait bien calculé, il avait fait un trou sphérique dans le vaisseau, épargnant la coque. Il n’avait touché aucun des systèmes vitaux internes. Et surtout, le centre de ce dernier trou devait se trouver dans l’alignement des deux autres, à un micron près.

Il attendit un moment qu’ils prennent conscience de la précision – et de la modération – de son attaque avant de reprendre contact.

La prochaine fois, je détruis votre système de support-vie. Message reçu ?

La corvette hésita. Quelques secondes s’écoulèrent, le temps pour les acolytes de Skade de passer en revue des milliers de scénarios de réponse possible, jonglant avec eux de la même façon que les enfants jouent avec un jeu de construction, érigeant d’énormes édifices chancelants d’offensives et de contre-offensives. Ils ne s’attendaient probablement pas à ce qu’il tourne l’arme contre eux. Leurs services de renseignement ne pouvaient pas imaginer qu’il la contrôlait avec cette précision. Et même s’ils l’avaient su, même s’ils avaient envisagé la possibilité qu’il les attaque, ils seraient sûrement partis du principe qu’il viserait le noyau de propulsion de leur vaisseau, l’anéantissant dans un éclair de lumière aveuglante.

Au lieu de quoi il les avait laissés repartir avec un avertissement. Remontoir se disait que ce n’était pas le moment de se faire de nouveaux ennemis.

Il n’y eut pas d’autre échange. Il regarda, fasciné, les moteurs cryoarithmétiques lisser les gradients de température autour des blessures extérieures, s’efforçant de remédier aux dégâts. Puis la corvette fit demi-tour, sa propulsion poussée au maximum.

Remontoir s’autorisa un minuscule instant d’autosatisfaction. Il avait bien joué le coup. Son vaisseau était encore capable de voler en dépit des dégâts qu’il avait subis. Il n’avait plus à se soucier, à présent, que de l’amas approchant de machines inhibitrices. Elles seraient sur lui d’ici trois minutes.

 

 

Deux mille kilomètres… mille… cinq cents… À cette distance, ses capteurs s’échinaient à gérer l’amas de Loups comme une unique entité, renvoyant des estimations rigoureusement contradictoires sur leur distance, leur échelle et leur disposition géométrique. Il devait se contenter de focaliser ses efforts sur les noyaux les plus importants, rectifiant le camouflage de sa coque afin de fournir une meilleure ligne de visée, plus en accord avec le fond cosmique. Il ajusta son vecteur de propulsion, au prix d’une certaine accélération, en dirigeant les cônes d’éjection de son vaisseau hors de la concentration mouvante des machines ennemies. Les éjections étaient invisibles, quasi indécelables par les méthodes à sa portée. Il espérait que les Inhibiteurs étaient pareillement handicapés, mais il préférait ne pas prendre de risques.

Les amas se réorganisèrent. Ils étaient encore trop loin et trop dispersés pour offrir une bonne cible à l’arme hypométrique. Il craignait également un peu de l’utiliser contre eux, sinon comme arme de la dernière chance. Il était conscient du danger de la leur montrer trop souvent, leur fournissant ainsi les données nécessaires pour émuler une réponse. C’était déjà arrivé avec d’autres armes : de temps à autre, les Inhibiteurs avaient mis au point des ripostes efficaces pour contrer les technologies humaines, y compris certaines de celles qu’Aura leur avait procurées. Les machines non humaines ne les fabriqueraient peut-être même pas, se contentant de récupérer des mesures de contre-offensive dans une mémoire raciale antique, confuse. Cette hypothèse inquiétait plus Remontoir que l’idée qu’ils puissent mettre une réaction au point par l’intermédiaire d’une pensée consciente. On pouvait toujours espérer qu’une sorte d’intelligence soit battue en brèche par une autre, ou que cette intelligence – soucieuse et sujette au doute – finisse par conspirer à sa propre chute. Et s’il n’y avait pas de raison derrière les activités des Inhibiteurs, mais un simple processus de récupération d’archives, une bureaucratie rigoureusement dénuée de conscience, vouée à l’anéantissement systématique ? La galaxie était un endroit très ancien, elle avait été le théâtre de bien des idées intelligentes. Il était plus que vraisemblable que les Inhibiteurs possédaient toutes sortes d’antiques données sur les nouvelles armes et les technologies humaines. S’ils n’avaient pas encore mis au point de ripostes efficaces, c’était parce que le système de récupération était lent, et les archives dispersées. Ce qui signifiait que les hommes ne pouvaient rien tenter, à long terme. Ils n’avaient aucun moyen de vaincre les Inhibiteurs par les armes, sauf sur une échelle très limitée. Au niveau galactique, par-delà les plus proches systèmes solaires, les jeux étaient faits.

Mais par le truchement de sa mère, Aura leur avait dit que ce n’était pas fini, pas encore. D’après Aura, il y avait un moyen, sinon d’emporter la victoire, en tout cas de gagner du temps sur les Inhibiteurs.

Des fragments, des lambeaux : c’était tout ce qu’ils avaient réussi à glaner à partir des messages confus d’Aura. Mais ils en avaient dégagé des ébauches de signaux. De temps à autre, un amas de mots était apparu.

Hela. Quaiche. Ombres.

Des parcelles arrachées à un tout plus vaste que son jeune âge interdisait à Aura d’articuler. Remontoir en était réduit à deviner l’image d’ensemble à l’aide de ce qu’ils avaient appris avant que Skade ne l’enlève. Skade et Aura étaient toutes les deux parties, à présent, mais il avait encore et toujours ces bribes. Elles devaient bien avoir un sens, si invraisemblable que ça paraisse. Et il y avait un lien clair, alléchant, entre deux d’entre elles : Hela et Quaiche. Associés, ces mots voulaient dire quelque chose. Seulement, des « ombres », il ne savait rien.

Qu’étaient-elles, et que pourraient-elles changer ?

L’amas était très proche, à présent. Il avait commencé à former des cornes autour des deux côtés de son vaisseau, des pinces noires traversées, dans leurs profondeurs, par des éclairs violets. On entrevoyait à présent des ébauches de symétries cubiques dans les bords tranchants et les courbes accentuées. Il reconsidéra son option, prenant en compte les systèmes endommagés par l’attaque des Conjoineurs. Il ne voulait pas utiliser l’arme hypométrique pour le moment, et il doutait de pouvoir la réactiver à temps pour une seconde attaque.

La planète, devant lui, était devenue beaucoup plus vaste. Il avait écarté l’autre amas de son esprit, mais il était toujours là, et continuait à se rapprocher de la fragile biosphère mystif et de ses parasites humains. La moitié du monde était plongée dans les ténèbres, le reste était une turquoise mouchetée, tavelée de nuages blancs et de systèmes cycloniques tourbillonnants.

Remontoir prit sa décision : ce serait les mines-ballons.

En une fraction de seconde, des ouvertures apparurent au niveau de l’habitacle du vaisseau en forme de trident. Une fraction de seconde plus tard, la coque fut ébranlée par le déploiement de lanceurs – et une demi-douzaine de munitions de la taille d’un melon furent propulsées dans toutes les directions.

Une seconde entière passa, puis les munitions explosèrent selon une séquence chronométrée avec précision. Il n’y eut pas d’éclairs balbutiants d’un blanc aveuglant ; ce n’étaient ni des systèmes à fusion ni des ogives à antimatière. En fait, ce n’étaient des bombes que dans une acception très large : à l’endroit où chacune des charges avait explosé, il y eut, soudain, une sphère de vingt kilomètres de large pareille à un ballon qui aurait gonflé instantanément. La surface de chaque sphère était ridée comme la peau d’un fruit ratatiné, ombrée de noir violacé, parcourue d’ondes colorées et de marbrures répugnantes. À l’intersection de deux sphères – lorsque les charges étaient à moins de vingt kilomètres l’une de l’autre au moment de l’explosion –, le plan de joint scintillait d’émanations poudreuses, violettes et bleu pastel.

Le mécanisme des mines-ballons était aussi compliqué et insondable que celui des armes hypométriques. Il y avait des analogies troublantes entre les deux technologies, ce qui permettait d’imaginer qu’elles étaient de la même origine, ou de la même époque de l’histoire galactique.

Remontoir soupçonnait les mines-ballons de représenter une étape primitive vers l’ingénierie métrique des Vélaires. Tout comme les Vélaires avaient appris à enclaver des volumes d’espace de dimensions cosmiques dans des coques d’espace-temps reconfiguré – avec ses propriétés défensives propres, inconcevables –, les mines-ballons produisaient des coques instables d’une vingtaine de kilomètres de diamètre. Elles se dégradaient et reprenaient leur volume normal d’espace-temps en quelques secondes, surgissant dans un frémissement de quantas exotiques. À l’endroit où elles s’étaient trouvées, les propriétés locales de la métrique trahissaient de modestes indications de stress primitif. Mais les coques ne pouvaient jamais être agrandies ou prorogées, du moins pas à l’aide de la technologie qu’Aura leur avait fait connaître.

Son éventail de munitions était déjà en cours de dégradation. Les sphères éclatèrent l’une après l’autre, en séquence aléatoire.

Remontoir examina les dégâts. Aux endroits où les coques avaient explosé, les machines inhibitrices qui les avaient rencontrées avaient simplement cessé d’exister. On remarquait, dans les agrégats frénétiques d’éléments cubiques, des cicatrices lisses, aux courbes mathématiques douces. Des éclairs se propageaient dans la structure en ruine, leur vacillement dément n’évoquant rien tant que la souffrance et la fureur.

Les frapper tant qu’ils sont à terre, se dit Remontoir. Il émit la commande mentale qui devait projeter un éventail final de mines-ballons dans la machinerie environnante.

Rien. Les messages d’erreur affluèrent à son cerveau : le mécanisme de lancement était endommagé. Il avait été touché lors de l’attaque précédente. Remontoir avait eu de la chance qu’il marche une fois.

Remontoir s’autorisa alors un instant de terreur authentique, glacée. Ses options étaient maintenant sérieusement réduites. Sa coque n’était pas blindée : c’était encore une technologie non humaine héritée d’Aura, mais, comme la suppression de l’inertie, elle ne fonctionnait pas bien à proximité de l’arme hypométrique. Le blindage de coque venait des larves, l’arme hypométrique et les mines-ballons d’une civilisation différente. Il y avait malheureusement des problèmes de compatibilité entre elles. Il ne disposait plus que de l’arme hypométrique et de ses armements conventionnels, mais il n’y avait pas encore de cible claire pour une attaque.

Une vibration de la coque traduisit le lancement des mines conventionnelles. Des explosions de fusion maculèrent le ciel. Il sentit le choc en retour électromagnétique ébranler ses implants, et des formes abstraites, palpitantes, traversèrent son champ visuel.

Les Inhibiteurs étaient toujours là. Il lança deux missiles Stinger, les regarda percuter les intercepteurs à une centaine de g. Il ne se passa rien : ils n’avaient même pas détoné correctement. Il n’avait pas d’armes à rayon, plus rien à utiliser.

Remontoir se calma instantanément. Son expérience lui disait qu’il n’avait aucun intérêt à utiliser l’arme hypométrique. Tout ce qu’il risquait était de leur donner une chance de plus d’étudier son fonctionnement opérationnel. Il ne manquerait plus que les Loups s’emparent de l’une des armes. Il ne pouvait pas permettre cela.

Il prépara la commande d’autodestruction, visualisant la couronne de mines à fusion massées dans la nacelle de l’arme non humaine. Elles produiraient, en sautant, un éclair spectaculaire, presque aussi vif que celui qui suivrait, un instant plus tard, quand la propulsion conjoineur exploserait à son tour. Il y avait, se dit-il, très peu de chances que l’un ou l’autre soit apprécié par des spectateurs.

Remontoir procéda à un rajustement de son état mental afin de n’éprouver aucune crainte, aucune appréhension à l’idée de sa propre mort. Il ne ressentait qu’un picotement d’irritation à la perspective de ne plus être là pour assister à la suite des opérations. Il envisageait la perspective de sa propre disparition avec l’acceptation ennuyée de celui qui attend un éternuement. Décidément, le fait d’être un Conjoineur s’accompagnait de certaines consolations.

Il était sur le point d’exécuter la commande lorsqu’il se passa quelque chose. Les machines restantes s’écartèrent de son vaisseau, battant en retraite avec une vitesse surprenante. Au-delà des machines, ses capteurs détectèrent des indices de tirs, d’explosions, et beaucoup de masses mouvantes – des détonations de mines-ballons, aux signatures subtilement différentes de celles qu’il avait utilisées. Des explosions d’ogives à fusion et à antimatière suivirent, puis il y eut les cônes d’éjection filants de missiles, et finalement une unique explosion, massive, sans doute celle d’un casse-monde.

Rien de tout ça n’aurait eu la moindre importance en temps normal, mais sa propre attaque avait affaibli les machineries inhibitrices. Le capteur de masse décela la signature d’un unique petit vaisseau, qui ressemblait à une corvette de classe Murène, de fabrication conjoineur.

Il devina que c’était le vaisseau qu’il avait épargné. Ses occupants avaient fait demi-tour, à moins qu’ils ne l’aient suivi. Ils s’efforçaient à présent d’attirer les machines inhibitrices loin de lui. Remontoir savait avec certitude que cette attitude était suicidaire : ils ne pouvaient espérer regagner leur camp à l’issue de l’engagement. Et pourtant, ils avaient pris la décision de l’aider, même après leur attaque initiale et son refus de leur remettre l’arme hypométrique. Pensée conjoineur typique, se dit-il. Ils n’hésitaient pas à changer de tactique au dernier moment si cela pouvait se révéler profitable à long terme pour le Nid Maternel. Ils ignoraient la honte et la frustration.

Ils avaient essayé de négocier avec lui et, voyant que cela échouait, ils avaient tenté d’obtenir ce qu’ils voulaient par la force, mais ça n’avait pas marché non plus. Et pour leur mettre le nez dedans, il les avait ostensiblement épargnés. Était-ce une manifestation de gratitude ? Peut-être, se dit-il, mais dans ce cas elle était sans doute davantage destinée aux observateurs du combat, aux alliés de Remontoir et aux autres factions conjoineurs, qu’à lui-même : que tous contemplent le courageux sacrifice qu’ils effectuaient ici. Qu’ils voient comment ils effaçaient l’ardoise. Si vingt-huit mille et une propositions de partage des ressources avaient échoué, peut-être ce geste changerait-il tout…

Remontoir n’en savait rien ; pas encore. Il avait pour l’heure d’autres problèmes en tête.

Son vaisseau s’éloigna du magma de Loups et de Conjoineurs. Derrière, l’énergie et la force pures s’efforçaient de ramener l’affaire à ses fondamentaux. Une lumière absurdement brillante illumina le ciel. Une lumière si intense qu’il aurait juré qu’une partie de la lueur l’atteignait à travers la coque noire, opaque, de son vaisseau.

Il ramena son attention vers l’autre amas, celui qui était maintenant tout près de la planète. Il zooma sur une certaine partie de la masse noire et la regarda s’accumuler pendant quelques heures au-dessus de la partie éclairée de la planète, en un point spécifique de la surface. Et cette masse n’était pas inactive.

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